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mercredi 11 janvier 2017

Le point sur le CIES


Dans le cadre d'une réflexion sur la formation continue des enseignants-chercheurs, j'ai lu le rapport de 2009 de l'IGAENR sur les CIES : Centres d'Initiation à l'Enseignement Supérieur. Dès lors que l'on parle de formation à l'enseignement, des images négatives apparaissent, peut-être liées à la mauvaise réputation de l'offre de formation des ex-IUFM et des actuelles ESPE. 

Les rédacteurs de ce rapport ont mené plusieurs centaines d'entretiens afin d'évaluer l'activité des CIES qui s'est déroulée sur une vingtaine d'années. Ils ont noté que la très grande majorité des moniteurs sont plutôt très satisfaits de la formation qu'ils ont reçue dans le cadre du CIES, à l'inverse des formations reçues dans le cadre des IUFMs. Les inspecteurs notent plusieurs points qui peuvent expliquer la réussite du dispositif : 
  • Une évaluation systématique des enseignements proposés par les étudiants suivis d'une modification de l'offre de formation. Cette réactivité est rendue possible par le fait que l'équipe des formateurs n'est pas constituée des formateurs maisons.
  • Des enseignements pluri-disciplinaires (à la différence de ce que pourrait offrir une école doctorale), 
  • Une formation obligatoire, qui force les directeurs de thèse à libérer leurs thésards.
Un rapport intéressant qui montre qu'une formation à l'enseignement dans le supérieur est possible!

lundi 10 octobre 2016

[J'ai lu] Teaching critical thinking? New directions in science education _ Osborne

J'entame aujourd'hui une série de billets sur les articles de sciences de l'éduc que je lis sur mes trajets quotidien en train... Une manière de partager mes lectures et de me forcer à faire des fiches de lecture!

Jonathan Osborne
Donc cet article est écrit par Jonathan Osborne, un chercheur en sciences de l'éducation qui travaille à Stanford et qui est très connu et très actifs (77 publis sur RG) en didactique des sciences. Il a travaillé sur de nombreux sujets et en particulier sur l'argumentation

Cet article est un point de vue écrit dans la revue "School Science Review" qui est une revue de "the Association for Science Education". Il ne s'agit pas d'une revue où sont publiés des résultats de recherche mais davantage d'une revue pour informer les différents membres de l'association.

Dans cet article, J. Osborne aborde la question de l'enseignement de l'esprit critique dans les cours de sciences. Dans l'introduction, Osborne défend l'idée que la critique est centrale dans le fonctionnement des sciences en ce qu'elle permet la comparaison des prédictions des théories avec les résultats expérimentaux. C'est par la critique des pairs que les résultats scientifiques sont acceptés ou rejetés. 

À l'opposé, Osborne constate que les sciences telles qu'on les enseigne forment souvent une sorte de dogme constitué d'un ensemble de faits et de savoirs incontestés et incontestables. Les didactiques des sciences ont bien établi que les élèves qui arrivent en classe de sciences possèdent des connaissances quotidiennes pour interpréter le monde. Ces connaissances quotidiennes sont parfois décrites sous le nom de : conceptions naïves, idées initiales, ... Lorsque ces connaissances diffèrent ou sont incompatibles avec le savoir à enseigner en classe, de nombreux auteurs parlent de misconceptions. J. Osborne propose donc d'utiliser ces conceptions pour développer l'esprit critique des élèves en pesant les arguments pour et contre les connaissances scientifiques et les connaissances quotidiennes.

Osborne utilise deux arguments pour défendre cette proposition :

  1. Une pratique plus efficace. Plusieurs études semblent montrer qu'une telle pratique, en plus de permettre aux élèves d'avoir une meilleure compréhension du fonctionnement des sciences, pourrait aider les étudiants à comprendre les concepts scientifiques. En particulier, l'étude de Hynd and Alvermann (1986) montre que des textes de physique qui explique pourquoi les connaissances quotidiennes ne marchent pas avant d'expliquer les connaissances de physique donnent lieu à des apprentissages plus significatifs que des textes présentant uniquement les connaissances de physique. 
  2. L'évolution des attentes de la société. Aujourd'hui, les sociétés occidentales modernes attendent de l'école, et en particulier des enseignements de sciences, qu'ils forment l'esprit critique des futurs citoyens. Cette évolution se retrouve en particulier dans les objectifs de tests internationaux comme le test PISA mené par l'OCDE. Dans le test PISA, la culture scientifique (scientific literacy) est évaluée selon les critères suivants : Explain phenomena critically, evaluate and design scientific enquiry et interpret data and evidence scientifically.
 Références :
Osborne (2014), Teaching critical thinking? New directions in science education, School Science Review, v95 n352 p53-62
Hynd and Alvermann (1986), The role of refutation text in overcoming difficulty with science concepts. Journal of Reading, 29, 440–446.

vendredi 12 août 2016

Très bonne idée ... pour évaluer?


Il y a quelques jours je discutais avec une collègue d'enseignement et de vulgarisation. Pour aider les étudiants à distinguer deux concepts ("espèce sauvage" versus "espèce domestique"), je proposai une activité où il fallait replacer différentes espèces d'animaux dans deux colonnes. L'idée intéresse ma collègue, je lui raconte comment il me semble possible d'intégrer cette idée dans une exposition itinérante pour des élèves de collège ou au cours d'un cours avec des étudiants adultes. 

Instantanément, ma collègue voit l'intérêt de cette activité pour évaluer ses étudiants en fin de module.  

Il y a quelques années, Nathalie Younès, une chercheuse en sciences de l'éducation de Clermont Ferrand présentait à une conférence les résultats d'une étude qualitative sur l'usage des boitiers de vote par des enseignants universitaires. La plupart ont d'abord commencé par utiliser les boitiers de vote pour évaluer les étudiants et voir "où ils en étaient" et "s'ils avaient appris leur cours" avant parfois de passer à un usage plus "moderne" dont le but de l'évaluation soit de permettre à l'étudiant de se situer. 

Après ces deux exemples, je me demande pourquoi les enseignants semblent détourner les "innovations pédagogiques" d'abord pour évaluer... 
  • Si les enseignants sont en manque de matériel pour mener les évaluations sommatives (fin de module)? 
  • S'il s'agit d'un manque de compréhension du rôle des rétroactions dans l'apprentissage? 
D'autres idées? 

lundi 28 septembre 2015

Quelques réflexions sur "la recherche pour améliorer l'enseignement supérieur"


Ce WE, Thierry Mandon était sur France Inter dans Agora, chez Stéphane Pas Au Lit (blague qui me faisait beaucoup rire il y a ... 15 ans quand il animait le 7-9).

J'ai pas tout tout écouté, mais à un moment, vers 35', j'ai bien entendu : il faut développer la recherche en éducation pour l'université :

"Avec l'hétérogénéïsation des publics, (...) la recherche en éducation va devenir un problème absolument essentiel qu'il va falloir soutenir financièrement, puissamment,  si on veut réussir la démocratisation, si on veut de la qualité de l'exigence alors il va falloir investir dans la façon d'apprendre et tout le monde n'apprend pas forcément de la même façon"

Chouette, pédagogie (ou didactique, ou sciences de l'éduc) mises à côté de l'université, ça devient à la mode!

Chouette, il se trouve que c'est un peu ce que je veux faire.

Hibou, c'est pas si simple... 
  1. De la recherche dans la façon d'apprendre : il y en a! Des bons enseignants, tout le monde en connaît au moins un! Le vrai problème ne serait-il pas davantage : comment massifier de bonnes pratiques d'enseignement? A ce sujet, je vous conseille la lecture très intéressante de l'article d'Elmore sur ce sujet : article "getting to scale" , ou sur le résumé que l'on trouve par exemple sur ce site.
  2. De la recherche, oui mais laquelle? 
    Sur comment apprendre en général (pédagogie universitaire)? ou sur comment apprendre une discipline en particulier (des maths, des langues anciennes, de la physique)?
    Aujourd'hui les deux sont un peu dissociés. Les premiers relèvent davantage des départements de psycho, les autres relèvent davantage des disciplines mères.
    -> Quel type de travaux de recherche permet le mieux aux autres enseignants-chercheurs de modifier leurs pratiques?
    -> Va-t-on privilégier un type de recherche pour donner de réels moyens d'agir? Ou au contraire, vaut-il mieux ne pas mettre tous les œufs dans un même panier pour permettre à différentes approches de coexister et de trouver leur éco-système?
Dans mon environnement (département de physique), clairement, c'est la recherche en éducation faites par des chercheurs labellisés "enseignant-chercheur de physique reconnu" qui a le plus de chances d'être entendue. Ainsi en France plusieurs EC de physique ont fait évoluer leur façon d'enseigner suite au visionnage de la conférence d'Eric Mazur : Confessions of a converted lecturer.


Dans tous les cas, commencer à poser la question de cette recherche, c'est déjà avancer dans la bonne direction! 

jeudi 18 décembre 2014

Quelques vidéos de Marcel Lebrun sur les compétences

Quelques vidéos de Marcel LEBRUN rencontrées sur les bons conseils de Nicolas R.

Une discussion sur l'enseignement par compétences



Une discussion sur la taxonomie de Bloom et son utilisation lors de l'enseignement par tâches complexes. 


Un

mercredi 17 décembre 2014

Taxonomie de Bloom

La taxonomie de Bloom version 1954

Toujours dans le même livre de Rieunier (forcément, quand on n'a jamais eu de formation en pédagogie, on trouve évidemment plein de choses de bases très nouvelles et intéressantes dans le premier livre que l'on lit!) se trouve plusieurs appels à la .
Rieunier propose, comme de nombreux auteurs de pédagogie, d'utiliser la taxonomie de Bloom pour réfléchir à l'évaluation des leçons que l'enseignant construit. Lors de la construction de l'évaluation, il propose de se poser deux questions : 
  1. Comment je vais vérifier que les élèves ont bien compris la leçon du jour? 
  2. Est ce que le niveau d'évaluation de la question que je vais poser est bien en accord avec l'objectif de la leçon? 
Je vous propose de visualiser cette vidéo qui présente la taxonomie de Bloom révisée par Krathwol et Anderson.




Dans cette vidéo, un lien est proposé vers un tableau qui donne des exemples de types de questions que l'on peut poser pour tester certains types de savoir à un certain niveau de maîtrise :
Lien vers le tableau


Un exemple, ce soir je fais un cours de cinématique dont l'objectif est la connaissance des trajectoires et des équations paramétriques. 
Si je vérifie qu'ils ont compris en leur demandant : donner moi la définition de la trajectoire, je suis au premier niveau de Bloom, sur la connaissance. Au vu de mon objectif, c'est trop faible. 
Si je demande : parmi les équations suivantes, lesquelles sont des équations de trajectoires? Lesquelles sont des équations paramétriques, je suis au niveau suivant : compréhension, et si, cherry on the cake, je demande de construire l'équation de la trajectoire à partir des équations paramétriques, sachant que l'on a traité sur des exemples cette procédure en cours, je suis au niveau application.

mardi 6 mai 2014

podcasts

Afin d'occuper mes petits voyages maison-boulot-poney en voiture, je me suis lancée à la découverte des podcasts qui parlent de l'enseignement des sciences, et particulièrement... de la physique! 
C'est en anglais (enfin, en américain), et c'est chouette!

Alors parmi les quelques sites que j'ai parcourus :
Lab Out Loud

Tout d'abord, Lab Out Loud : il s'agit d'un podcast animé par deux enseignants de sciences (physique et chimie-biochimie) qui interviewent mensuellement un enseignant ou un chercheur en sciences de l'éducation. Le son de la personne interviewé n'est pas toujours très bon (interview par téléphone?),  les animateurs ont un peu trop d'accent parfois pour moi, mais il y a un très grand nombre de podcasts et j'ai eu de bonnes surprises comme : 
science geek girl
 Ensuite, je suis tombée sur science geek girl, le site d'une physicienne qui est devenue chercheuse en sciences de l'éducation et qui a créé une chaîne de podcasts très biens réalisés. Elle interviewe, avec l'aide d'un enseignant en physique, des chercheurs en sciences de l'éducation. Leur objectif est de présenter les études scientifiques qui appuient telle ou telle pratique. Les deux interviewers ont un accent très simple à comprendre, les questions sont bien posées, les réponses sont décortiquées, il y a un peu trop de musique à l'américaine pour moi, mais c'est vraiment un détail. Seul reproche, il n'y a pas tant que ça d'épisodes à se mettre sous la dent! 

Je mettrai à jour ce post au cours de mes balades sur la toile... :) 


jeudi 28 février 2013

Interros en peer-corection

Copies du jour

Ça, c'est une super idée de LP, que j'ai mise à ma sauce. À chaque fin de chapitre (4 chapitres pour le cours EM1), je leur propose une interro de 2 questions sur 10 points. À la fin de l'interro (je leur laisse le temps pour que la majorité de la promo estime avoir fini ce qu'elle savait faire), je ramasse les copies, puis un des étudiants redistribue de manière plus ou moins aléatoire, ça fait partie du jeu. Ensuite je fais une correction au tableau et j'indique ce que j'attendais, et où il faut mettre les points. À la fin je récupère les copies, je les relis, je fais quelques commentaires et je récupère les notes.
La première fois il y avait une question de réflexion et un exo fait en TD chez eux (ou comment les inciter à préparer leurs TDs!), la seconde fois, c'est à dire ce matin, c'était une question qualitative largement discutée en cours, et un problème légèrement ouvert. 

Les points positifs : 
  • Les étudiants ont immédiatement une rétroaction sur ce qu'ils ont compris, ou pas... Ils peuvent en temps réel me poser les questions si ils ne comprennent pas quelque chose
  • En corrigeant la copie d'un autre : 
    • Ils se replongent dans le raisonnement une fois de plus
    • Ils apprennent à comprendre ce que veut l'examinateur, comment est construit une épreuve... 
  • L'exercice a un côté ludique et récréatif qui rend moins pénible la situation d'examen pour ceux et celles qui y sont "sensible"
  • Les étudiants comptent les points, ce que je déteste faire!
  • Ils comprennent le côté formatif et non pas normatif de l'évaluation, ce qui les aide à devenir acteur de leur apprentissage
  • Ils acceptent beaucoup plus facilement les mauvaises notes. 
Les points négatifs : 
  • Lorsque je fais la correction, je ne sais pas sur quoi les étudiants ont en moyenne buté, je le découvre lors de ma deuxième correction. Il faudrait peut être que je leur demande quelles sont les erreurs de raisonnement qu'ils repèrent dans les copies qu'ils corrigent. En plus ça serait une éducation à la didactique... hum hum, je ferais ça la prochaine fois. 
  • ça me prend le double de temps d'une évaluation simple, mais je pense que c'est le prix à payer pour que l'évaluation soit formative... 

mercredi 13 février 2013

Grandeur et mesure : l'exemple de la masse

La balance numérique,
Un mauvais outil pour enseigner la masse
Aujourd'hui cours sur la mesure. Comprendre la différence entre grandeur et mesure : les psychologues (Piaget & co) ont montré que l'on pouvait savoir mesurer sans avoir compris ce que voulait dire la grandeur. Un exemple? Si on présente une suite d'allumettes à des enfants, et que les enfants répondent que la longueur mise bout à bout est différente selon que les allumettes sont mises en une seule ligne, ou alors en zig-zag par exemple. 
Les allumettes en ligne et en zig-zag
Les psychologues ont donc suggéré de considérer d'abord la grandeur (longueur, masse, ... ), en classant ce qui est plus ou moins long, plus ou moins lourd... Avant de la ramener à une grandeur étalon, ce qui va permettre de devenir une mesure.

Je me souviens de mon petit frère qui faisait des gâteaux au yaourt (on compare tout au volume d'un yaourt), on peut aussi voir l'exemple du quatre-quatre, ou l'on ramène tout au poids des oeufs, en utilisant non pas une balance numérique comme tout en haut, mais une balance de Roberval : 

Réunion avec les collègues de L1

Hier avait lieu une réunion sur la refondation du L1 à la fac, en lien avec la réforme des lycées. 2 thèmes ont été abordés : 
  1. Ou comment rendre les cours et TD plus interactif
  2. Les TP par projet
Moi, je devais introduire le deuxième thème. 

Bon, alors une réunion de prof de fac, c'est quand même très cliché... Et là, c'est le gratin des enseignants-chercheur qui s'impliquent en enseignement... D'ailleurs, y'avait pas un professeur des universités, uniquement des maîtres de conf.
En gros, dès que quelque chose est présenté, ou c'est classé comme nul, ou alors c'est évidemment ce que l'on fait déjà... mouais. 
Je pense que la personne qui a introduit le premier point aurait du mettre les références des études scientifiques, ça aurait été plus convaincant pour des maitres de conférence en physique. De meme il aurait du présenter des exemples à la fac. 

Pour ma part, j'ai l'impression que ce que j'ai présenté, sans ambition, a plu et n'a pas trop clivé. Les gens ne se sont pas trop senti remis frontalement en cause, et du coup j'ai l'impression que ça a des chances de prendre! Ils ont beaucoup aimé la présentation de l'échelle de Schab-Herrin que j'avais empruntée à une présentation de JY Carriou qui caractérise le degré de démarche scientifique d'un TP.
Les didacticiens se battent encore pour décrire ce qu'est une activité de recherche, pour mettre des critères, mais je pense que le point n'était pas là... 
L'idée que j'ai défendue est que c'est une histoire continue d'un curseur que l'on pourrait déplacer à différents moments du TP. Par exemple, on peut avoir des moments guidés et des moments où l'étudiant doit prendre plus d'initiatives.

Par contre ce matin, je ne suis plus totalement d'accord, je pense que le point le plus important pour avoir de la vraie démarche expérimentale, c'est que l'énoncé ne soit pas prescriptif. Par exemple, si c'est juste laisser du temps aux étudiants pour qu'à la fin ils doivent tous avoir le même protocole, ben je pense qu'on est encore loin du principe même de la démarche de projet...

lundi 11 février 2013

Le sténopé - histoire d'un abandon

Camera oscura
Le sténopé, ou chambre noire, ou encore camera oscura, est l'ancêtre de l'appareil photo. C'est un dispositif extrêmement simple, facile à construire, basé sur le seul principe de proe principe de son fonctionnement. Laurence Viennot spagation de la lumière en ligne droite en l'absence de changement de milieu et il a disparu des programmes... mais pourquoi diantre? 

Dans mes lectures préparatoires au cours d'optique j'avais appris qu'un obstacle conceptuel fréquent chez les enfants concernant la formation des images était le concept d'image voyageuse, de persona : l'image se propage en se contractant ou en se dilatant entre l'objet et l’œil. L'une des situations problèmes adaptées pour faire évoluer les connaissances de l'apprenant, c'est l'image de mickey et de la demi lentille. Il s'agit d'un obstacle substantiel comme on l'a défini dans un post précédent.

Ce que je n'avais pas compris, c'est que dans ce problème, il y a aussi la notion d'image, qu'est ce qu'une image en optique : c'est un ensemble de rayons lumineux qui se croisent (réellement ou fictivement ) quelque part. Et cette notion d'image est très dure à construire chez l'apprenant, elle passe par l'utilisation de systèmes rigoureux, avant d'introduire ensuite la notion d'aberrations. 

Dans le cas du sténopé, on ne construit pas une image au sens de l'optique, mais on voit une image au sens courant du terme. Le fait que les étudiants ne sachent pas expliquer ce qui va se passer si on augmente ou si l'on réduit l'ouverture du sténopé prouve qu'ils n'ont pas compris le principe de cette expérience.
Laurence Viennot suggère donc de ne pas utiliser cette expérience comme expérience introductive, mais à la rigueur comme une expérience de synthèse. En faisant bien attention à tracer des pinceaux lumineux partant de chaque point dont on va faire la pseudo-image.

Je ferai donc attention l'an prochain quand je traiterai de cette expérience dans mon cours d'optique1.

vendredi 1 février 2013

Peer instruction - Eric Mazur

C'est AT qui m'a parlé de ce prof de Harvard qu'elle a rencontré en colloque et qu'elle avait trouvé passionnant.
En cherchant sur youtube, j'ai trouvé cette vidéo d'une conférence sur la façon dont cet enseignant a été amené à repenser son enseignement dans le supérieur. C'est passionnant évidemment, sa solution ressemble un peu aux cours que j'avais adoré en prépa agreg sur le magnétisme!




Derek bok center for teaching and learning

jeudi 1 novembre 2012

Le sens des rayons lumineux

S'il parait évident que les rayons lumineux sont émis par une source lumineuse et entrent dans nos yeux, il semble moins évident que les objets quelconques émettent eux aussi des rayons lumineux. En effet,  l'histoire de la physique a mis plus d'un millénaire à se convaincre que les yeux n'émettaient pas de rayons lumineux, ne touchaient pas les objets, chez les enfants, il s'agit d'une conception qui reste ancrée assez tard. Cette conception affleure dans certaines de nos expressions (fusiller du regard, regard perçant), l'acte de regarder nous rendant actif et non passif. Vous vous souvenez peut être d'ailleurs de l'époque où vous pensiez que les rayons lumineux sortaient des yeux?


Chez les grands, cette conception a apparemment disparu. Tous mes étudiants me répondront qu'ils savent évidemment que les rayons partent des objets et que l'on parle alors de sources lumineuses secondaires (ce qui n'est pas évident à faire comprendre aux enfants du primaire). Mais au travers d'un exercice sur les lois de la réfraction, j'ai pu retrouver cette conception enfouie chez certains étudiants, elle agissait alors comme un obstacle à la compréhension de l'exercice. Je pense que connaître au préalable l'existence de cet obstacle m'a permis de repérer la source de la difficulté et d'aider l'étudiant à raisonner sur cet exercice. 

L'exercice en question :

On considère un amateur de poisson dans un sous marin rempli d'air observant un joli petit poisson nageant dans l'eau. 
  1. Le poisson peut il se cacher du sous-marinier?
  2. Le sous-marinier peut-il se cacher du poisson? 
  3. Est-ce choquant que l'un puisse se cacher de l'autre mais que la réciproque ne soit pas vraie?
Pour répondre à cet exercice, il faut se demander la marche des rayons lumineux quand l'homme voit le poisson (et chercher les conditions de réfraction limite/réflexion totale). Pour cela on dit : 
Quand l'homme regarde le poisson, les rayons vont.... 

... 

du poisson à l'homme, donc de l'eau à l'air, donc le rayon s'écarte de la normale, donc il existe un angle de réflexion totale.

Et chez certains étudiants, spontanément, les rayons vont de l'air dans l'eau... évidemment quand on pointe le doigt sur le problème ils réalisent de suite, mais cette conception encore un peu enfouie s'est révélée ici un vrai obstacle à leur compréhension du problème...

jeudi 25 octobre 2012

L'oeil en kit-magnétique

Kit œil magnétique
Voilà le magnifique kit pour expliquer l’œil à nos bambins. On voit la cornée à gauche, la place pour mettre une lentille convergente qui va servir de cristallin et au fond la rétine. 
Schéma détaillé de l’œil

On utilise ce kit (qui vaut une centaine d'€ quand même) pour illustrer le fonctionnement de l’œil, et ce matin j'assistais à une présentation de l’œil et de ses défauts par mes élèves, et ... ils n'avaient pas franchement tout compris. C'est une erreur de ma part, ça n'est pas un sujet facile à appréhender, j'aurais du le traiter au préalable en cours, mais je n'ai pas eu le temps ; le cristallin qui change de distance focale leur pose un vrai problème conceptuel, ainsi que le fait qu'il faille changer de distance focale si on veut faire l'image d'un objet à une distance différente, en gardant la distance cristallin-rétine constante. En fait, même avec une lentille et un écran, ça n'est pas facile à comprendre pour eux, alors même évidemment qu'ils maîtrisent tous les relations de Descartes.

Voir un objet à l'infini

Donc avec ce kit on a plusieurs lentilles convergentes. Celle de distance focale intermédiaire représente le cristallin au repos, sa distance focale est égale à la profondeur de l’œil, ce qui veut dire que l'image d'un objet à l'infini se forme à la surface du fond de l’œil, c'est à dire sur la lentille.
On utilise avec ce kit un laser multi-faisceau qui permet de visualiser les rayons provenant de l'infini, c'est à dire d'un objet situé à l'infini sur l'axe optique. Donc avec la lentille du cristallin au repos, on forme une image sur la rétine, située au fond de l’œil.
Ce kit illustre donc très bien l’œil au repos, c'est à dire en train de regarder des objets à l'infini. Jusque là, notre binôme avait tout compris, c'est ensuite que ça se corse. Par contre, pour certains élèves, l'oeil au repos est celui quand on a le regard dans le vague, pas celui quand on regarde le ciel. C'est en effet une notion difficile à sentir, car on ne commande pas consciemment le muscle qui plie le cristallin ; du coup un de mes élèves (et surement d'autres) a confondu cette action avec celle de plisser les yeux. 

Voir un objet à distance finie :

Si on parle de l’œil, on parle nécessairement de Punctum proximum, c'est à dire du point le plus proche de l’œil que l'on peut voir net. Cela signifie accessoirement que l'on ne voit pas net uniquement les objets situés à l'infini. Donc on voit net des objets situés à une distance finie, et pour cela, 2 hypothèses s'offrent à nous (cette nécessité de changer quelque chose ne semble pas totalement naturel chez un certain nombre de mes élèves pour qui le foyer, image ou objet, est un lieu magique) : 
  • Ou l'on modifie la taille de l’œil, c'est à dire la distance cristallin-rétine
  • Ou l'on modifie la vergence du cristallin (c'est à dire sa distance focale, c'est à dire sa capacité à faire converger les rayons lumineux)

C'est évident si l'on se souvient de la formule de conjugaison pour les lentilles qui relie la distance objet-lentille, lentille-image et la distance focale. Si on change un terme de l'équation, pour garder l'équation vraie, il faut nécessairement changer un autre terme dans l'équation : 
Relation de conjugaison de Descartes
pour les lentilles

Donc si on diminue OA (distance objet-cristallin), alors où il faut diminuer aussi OA', ou il faut diminuer f'. 

Et là, ça ne s'invente pas, c'est la vergence du cristallin qui change, et non la taille de l’œil. En fait l’œil est un organe qui ne grandit quasiment pas entre la naissance et l'âge adulte, enfin de quelques millimètres sur le centimètre qu'il occupe au final.  Et cette modification de la vergence se fait au moyen d'un muscle en forme d'anneau, situé autour du cristallin et qui peut en le comprimant le rendre plus courbé.

Donc pour illustrer ça avec le laser multi-faisceaux, il faut commencer par créer un objet sur l'axe optique avec une lentille convergente, puis mettre une lentille plus convergente que le cristallin de base sur l’œil du tableau, et voir à quelle distance doit être l'objet de l’œil pour qu'il apparaisse net sur la rétine (c'est à dire que les rayons issus du point objet se croisent au niveau de la rétine). 

Évidemment, ça, il faut l'avoir vu au moins une fois, car les élèves eux, spontanément, n'utilisent la laser-box que comme un générateur d'objet à l'infini. Bon, je l'avais montré en cours, mais pas sur l'exemple de l’œil, et surement pas en insistant assez...

Myopie : 

L’œil myope, c'est un œil trop long par rapport à la distance focale de son cristallin. Le cristallin du myope est en fait le même que celui de la personne qui voit bien, seulement son œil a grandi plus qu'il ne le devrait, et il est donc désormais trop long. Je pense donc que c'est une très mauvaise idée que d'illustrer l’œil du myope en prenant le même dessin d’œil et en changeant la distance focale de la lentille qui sert de cristallin. Au contraire, il vaut mieux dessiner un nouvel œil plus long et garder la même lentille. Cet œil fait ainsi, sans accommoder, l'image nette d'un objet situé à une distance finie, appelée Punctum remotum.
L'oeil myope voit net au repos à une distance finie = Punctum Remotum
Si l'oeil myope regarde à l'infini, ce que l'on voit sur la rétine est flou car l'image s'est formée en amont comme on peut le voir sur le dessin ci-dessous : 


Pour corriger la myopie, on met une lentille divergente devant l'oeil. On peut comprendre ça de 2 façons :
  1. En se souvenant du théorème des lentilles minces en série : on a alors une lentille convergente moins convergente, c'est à dire de distance focale plus élevée
  2. En comprenant que la lentille divergente fait de l'objet à l'infini une image virtuelle à distance finie, inférieure au Punctum Rémotum du myope, que celui ci peut voir en utilisant son cristallin. 


Voilà je pense une meilleure façon de présenter l’œil, et je regrette que Jeulin n'ait pas eu la riche idée d'ajouter le dessin de l’œil myope et de l’œil hypermétrope à son kit...

Quant à moi, je pense prévoir une séance pédagogique type situation-problème sur ce sujet pour l'an prochain. Je ne pensais pas que c'était à ce point révélateur des questions de formation des images en optique...

mardi 23 octobre 2012

Situations problèmes : l'image de Mickey

L'une des premières choses qui m'a parlé quand je me suis intéressée à la didactique, ce sont les conceptions naïves et les situations problèmes. Je vais illustrer sur un exemple que je trouve parlant : l'image de Mickey et la demi-lentille. 
Mickey a été croisé avec un chat...
Voilà la situation : 

Avec une lentille convergente, on fait l'image de mickey sur un écran. Qu'observe-t-on si on cache la moitié gauche de la lentille? 
  1. On observe la moitié gauche de Mickey (côté sans la queue)
  2. On observe la moitié droite de Mickey (côté avec la queue)
  3. On observe le même Mickey qu'avant
  4. On n'observe plus de Mickey 
J'ai posé cette question à mes élèves de prépa capes de physique-chimie le jour de leur rentrée, et j'ai eu une réponse plate : 25% de la promo a choisi la réponse 1, 25% la 2, 25% la réponse 3, et évidemment 25% la réponse 4. Si je pose cette question à des étudiants en thèse de physique qui ne font plus d'optique depuis plusieurs années, les réponses sont un poil meilleures.

La bonne réponse est la réponse 3. 

Pour répondre que l'on voit toujours le même Mickey (juste un peu moins lumineux), il faut avoir bien compris plusieurs choses : 
  • De tout point de l'objet partent des rayons dans toutes les directions
  • Tous les rayons partant du chat-souris sont triés par la lentille pour former l'image sur l'écran, l'image ne se propage pas en bloc (conception des images-écorces de Lucrèce) 
  • Donc il reste toujours suffisamment de rayons qui traversent la lentille pour faire l'image du chat-souris sur l'écran. 
C'est à dire qu'il faut que l'enseignement de la physique ait au préalable permis de remettre en cause certaines conceptions de l'apprenant, et pour ça l'enseignement : définition - propriété - théorème - exo d'application ne permet pas toujours d'atteindre le but recherché.  L’ingénierie didactique a donc développé un certain nombre de situations-problèmes permettant de mettre en défaut les conceptions naïves identifiées par la communauté de la didactique chez les apprenants d'une discipline (ici les élèves apprenant la physique) en les confrontant à certaines situations dans lesquelles elles ne sont plus effectives. 

Ce que je présente là me semble un peu en deçà de ce qui est réellement une situation problème dans la littérature didactique, mais pour le moment c'est ce que j'ai compris et que j'utilise.  J'aime bien le côté QCM pour faire sortir les conceptions naïves.

J'ai utilisé quelques autres situations didactiques trouvées dans la littérature (Image sur un écran : que se passe-t-il quand on enlève la lentille? ), et puis j'en ai conçu quelques autres, parfois à mon insu (le rétroprojecteur et les images virtuelles).